L’extérieur du Château

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Château de Bonneval

Situé sur une colline, c’est un carré flanqué d’une haute tour à chaque coin ; il a des tourelles, des remparts et même des ponts-levis, qui surplombent les douves.

Sa conception reflète le rôle initial du château qui était une forteresse militaire. Il n’y a qu’une entrée et sortie, dans le mur est. Les douves, pont-levis, herses, les portes en chêne cloutées, corbeaux, mâchicoulis et meurtrières rappellent les embûches que les nombreuses armées assiégeantes devaient franchir pour s’emparer du château.

Ces caractéristiques médiévales se retrouvent autour du mur sud et d’une partie du mur nord. Le mur ouest et la plus grande partie du mur nord évoquent les temps plus paisibles de la Renaissance et de la période des lumières au 18ème siècle. Ils révèlent le style de vie et le confort d’un noble et de sa famille, qui visiblement disposait d’une richesse considérable et d’une grande influence à la Cour, plutôt que ceux d’un seigneur de guerre local.

Le mur Est et l’entrée principale

La façade du mur Est et l’Entrée Principale présentent des caractéristiques allant du début 12ème siècle jusqu’au 15ème. Cependant les toitures ont été refaites au 18ème et depuis lors sont périodiquement suivies.

La tour carrée centrale qui donne accès à l’intérieur du château est faite en granit et date du 15ème siècle et elle est intéressante à plusieurs égards. D’abord la construction de la tour montre l’évolution de l’utilisation du château, qui passe d’une forteresse à une résidence familiale, puisque ses murs renferment la chapelle de la famille. Son emplacement est indiqué par les fenêtres du premier étage et la croix au sommet du toit.

Les armoiries familiales, ou blason sont décrites en termes héraldiques comme « d’azur au lion d’or armé et lampassé de gueules », ou en langage courant « fond bleu brillant, avec un lion en or qui montre avec agressivité ses crocs et griffes et laisse sortir une langue rouge ».

Le tout est surmonté d’une couronne de marquis indiquant le rang de noblesse de la famille Bonneval, ainsi que les lettres S.P.Q.R. L’ensemble est couronné par la devise familiale:
« Victorios A Tots Lous Azars »

                 Lion Bonneval

Ce qui signifie « Victorieux à tous les hasards ! » ou «  Victorieux contre tous les dangers », en occitan médiéval, qui était la langue des régions Limousin et Aquitaine. Jean Mouzat (1905-1986), professeur de Langue et Littérature à l’Université de Limoges, expert reconnu en langue occitane, a émis l’opinion que cette version daterait du début du 14ème ou peut-être de la fin du 13ème siècle.

Au dessus de la devise, gravée sur le granit en souvenir de la participation d’Antoine de Bonneval et ses fils pendant les Guerres d’Italie, 4 armoiries individuelles, groupées par paires ; chacune des paires comprend les armoiries du Roi de France, la « fleur de lys ». Les groupes combinés montrent le « porc-épic » de Louis XII et la « salamandre » de François Ier.

L’entrée principale est composée d’une porte basse et étroite pour les piétons et d’une porte plus large et plus haute pour les chariots, charrettes et canons. Les deux portes sont protégées de l’intérieur par une herse et une meurtrière et de l’extérieur par les ponts-levis et les mâchicoulis. Le modèle de pont-levis que l’on trouve au château de Bonneval est typique d’autres châteaux de la région, datant du 15ème siècle, en particulier le Château du Lieu-Dieu (Dordogne) et le Château de Pompadour (Corrèze). Cependant les exemples que l’on trouve au Château de Hautefort (Dordogne) sont d’une conception plus tardive, du 17ème siècle.

Les ponts-levis actuels sont des rénovations du 19ème siècle, mais la herse en fer forgée et la porte intérieure en bois clouté datent du 16ème siècle.

Immédiatement à la droite de la tour centrale d’entrée, dans l’angle formé par la tour et le mur, se trouve une « échauguette » ou tour d’observation. Elle est constituée d’une corniche formée de huit arcs de granit finement sculptés, dont le rayon va croissant.

Sur la gauche, une autre tour, connue sous le nom de « Donjon » de la forteresse originale. Il s’agit encore d’une construction d’une forme curieuse, elle n’est pas circulaire, mais trilobée, avec un éperon en forme d’amande, orienté vers le sud-est. Une explication à cette construction militaire inhabituelle est qu’elle réduit l’angle mort à la base du donjon, ce qui ne serait pas le cas avec une tour circulaire. Si la tour était circulaire, alors cet « angle mort » serait l’ombre que l’on ne pourrait voir en observant depuis les autres tours voisines. Cette forme inhabituelle est par conséquent une manière originale de réduire la zone où les attaquants seraient à l’abri d’un feu défensif, et donc cela améliore le caractère défensif du Donjon.

Le Mur Sud

Le Mur Sud se distingue parce qu’il est le plus austère et militaire d’apparence. Il n’a pratiquement pas changé depuis le 14ème siècle, et c’est le côté du château dans son ensemble qui donne le plus l’impression d’avoir été le témoin des grandes luttes du Moyen-âge et des Guerres de Religions qui en ont découlé.

Le mur-rideau est surmonté de grands corbeaux, mâchicoulis et créneaux, il est à présent couvert d’un toit. Cette galerie était un passage de guetteurs depuis le Donjon jusqu’à la Tour massive dans le coin sud-ouest, qui porte le nom sinistre de Tour du Diable.

La Façade Ouest

L’architecture de la façade ouest évoque une succession d’images et d’émotions totalement différentes du mur Sud et de la Tour du Diable, sombres et hostiles.

Il s’agit de l’aile du château qui contient le plus grand nombre de salles d’apparat, salles de bals et appartements, qui disposent d’une vue magnifique sur la propriété, et sont illuminés par le chaud soleil de l’après-midi. Nous trouvons ici la grandeur, l’équilibre et le calme d’un palais du 18ème siècle, plutôt que la menace musclée et intimidante d’une citadelle médiévale.

La façade Ouest met en évidence les travaux majeurs entrepris au cours du 18ème siècle par l’architecte Joseph Brousseau (1733-1797), sur la demande d’Hyppolyte de Bonneval, Marquis et occupant du château à l’époque. Pour la noblesse de la seconde moitié du 18ème siècle Brousseau était l’un des architectes français incontournables en Limousin, tout particulièrement pour les nouvelles constructions (par exemple le Palais de l’Evêché à Limoges, et les châteaux de Beauvais, Sainte Feyre et Salvanet), et aussi pour les rénovations importantes (par exemple le château de Bonneval, l’Hôpital Général de Limoges et la Cathédrale de Limoges).

La Terrasse des Lions

La Terrasse des Lions

Brousseau a suivi les conventions architecturales du 18ème siècle en permettant aux salles d’apparat et salles de bals de s’étendre vers l’extérieur, en prenant avantage du chaud climat local, construisant une vaste terrasse accessible par les nombreuses portes-fenêtres.

Cette terrasse plate, avec ses balustrades élégantes surmontée de lions, offre une vue stupéfiante qui s’ouvre, sans obstacle. Des lignes de perspective, attirent l’œil vers le classicisme serein de la façade rénovée. Comme le signale un historien célèbre : « pour accentuer la beauté de la façade, son caractère de noblesse et de simplicité et la sérénité de l’endroit ».

Le Mur et la Façade Nord

Le Mur et la Façade Nord présentent encore plus de curiosités architecturales. A bien des égards le mur Nord a des caractéristiques semblables au mur Sud.

La preuve de défenses du 12ème siècle est clairement présente dans le mur-rideau massif qui se tient entre deux énormes tours identiques, chacune d’entre elles faisant plus de 12 m de diamètre ; et ces murs ont plus de 2 m d’épaisseur. Ces constructions sont ornées de traits typiques de l’architecture militaire médiévale, des parapets, créneaux, mâchicoulis et meurtrières ou « balistaria ». Cependant leur intégrité de défense a été sérieusement compromise par l’ouverture de larges fenêtres, au cours des rénovations du 17ème siècle.

Une fois encore nous sommes témoins des signes extérieurs de l’évolution du château de Bonneval, depuis une citadelle imposante à une résidence élégante. Cependant il faut pénétrer à l’intérieur du château pour faire véritablement l’expérience de la grâce et de la sophistication qui font du Château de Bonneval un joyau de l’héritage français.

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